L’Histoire supporte mal les récits simplistes. Sétif en est l’un des exemples les plus sensibles.

Le 24/05/2026

Le 8 mai 1945 est une date de victoire pour la France. Mais en Algérie, cette journée reste associée à une tragédie dont la mémoire demeure profondément fracturée. Oui, la répression française qui suivit fut terrible. Oui, elle causa des milliers de m0rts parmi les populations musulmanes. Aucun historien sérieux ne le conteste.

Mais l’honnêteté historique impose de rappeler une réalité souvent absente de certains récits : ces événements ne commencent pas par le simple massacre d’une manifestation pacifique.

Les travaux d’historiens, y compris algériens comme Mohammed Harbi et Mahfoud Kaddache, décrivent un contexte insurrectionnel, porté par une mobilisation nationaliste armée. Puis les violences éclatent après l’assassinat de 4 européens à Sétif le matin du 8 mai. (cf Roger Vétillard, Mai 1945 dans l’Est algérien de Sétif à Guelma – Ed Atlantis, avril 2026)

108 civils européens sont tués. Des femmes sont vi0lées. Des familles sont attaquées dans les fermes isolées du Constantinois. Puis vient la répression. Brutale. Massive. Tragique.

Massacre de Setif et Guelma

Sur son ampleur exacte, le débat historique demeure :

  • 2 628 morts selon le Service historique de la Défense
  • 5 000 à 6 000 selon Charles-Robert Ageron
  • 4 000 à 8 000 selon Roger Vétillard
  • Aucune commune mesure avec le chiffre de 45 000 morts encore affirmé aujourd’hui par le gouvernement algérien

8 mai 1945 à Setif

Ce débat n’efface rien. Mais il rappelle une chose essentielle : la mémoire ne peut pas être construite sur des simplifications, des omissions ou des chiffres transformés en instruments politiques. Peut-on réclamer une mémoire juste en effaçant une partie des victimes ? Il n’existe ni bonnes ni mauvaises victimes. Seulement des victimes. Quand l’Histoire sélectionne les souffrances qu’elle accepte de reconnaître, elle cesse d’être de l’Histoire. Elle devient un récit politique.

Une mémoire apaisée ne se construit ni sur le déni, ni sur les vérités amputées. Elle exige une seule chose : Le courage de regarder toute l’Histoire