5 février 2008 - Fusillade du 26 mars 1962, rue d'Isly à Alger

"Les péchés de printemps ne se pardonnent pas

Car les morts innocents de paix ne signent pas "

Lucienne -Grâce Georges (Et le coq chanta)

Le 26 mars 1962, à ALGER, une semaine après le cessez-le-feu, une unité de l’armée française, placée en plein cœur de la ville ouvrait le feu sans la moindre sommation sur une foule d’Algérois venus manifester pacifiquement, drapeaux français en tête.

Cette fusillade durera 12 minutes, tuant ou blessant trois cents personnes, hommes, femmes, enfants Des blessés seront achevés jusque dans les escaliers des immeubles, un médecin s’efforçant de porter secours sera abattu… Terrible bilan : près de cent morts, deux cents blessés.

L’épreuve n’est pas terminé pour les familles. Pressions et menaces tentent de faire reconnaître aux blessés qu’il y a eu provocation. Les obsèques religieuses sont interdites, les corps ne sont pas rendus aux familles mais emmenés par camions militaires directement aux cimetières, les fleurs déposées sur les lieux du drame sont piétinées sur ordre des Autorités ( les mémoires de Vitalis Cros , Préfet d’Alger en attestent) … Cette date marque un tournant dans le processus d’abandon et le début de la désespérance : l’armée (mais quelle armée ?) en qui les Français d’Algérie plaçaient encore toute leur confiance pour les protéger se retourne contre eux !…

Sur cette affaire monstrueuse, où les culpabilités n’ont jamais été recherchées, pèse une chape de plomb que seul le Parlement a osé soulever en 2003 et 2005.

Grâce aux interventions d’élus de toute tendance, des demandes de reconnaissance et de réparation morale ont été formulées.

  • C. KERT (UMP) "ceux-là, tombés dans le soleil d’Alger, parce que leur courage les avait jetés dans la rue pour clamer leurs convictions, ceux-là sont tombés, par une tragédie de l’histoire, sous des balles françaises qui auraient dû les protéger, ceux-là, méritent plus que d’autres notre mémoire et notre affection… L’un des chantiers qui vous attend, monsieur le ministre, c’est d’imaginer – rapidement – le geste fort que la nation se doit de faire en direction de ces victimes qui, plus que d’autres peut-être – même s’il faut se garder de toute hiérarchie dans la peine -, nous laissent un sentiment de culpabilité. "
  • RUDY SALLES (UDF) " L’horreur des morts de la rue d’Isly, le 26 mars 1962, est un douloureux exemple des massacres commis alors. Ces morts, ces blessés marqués à vie, ces familles traumatisées à jamais, doivent recevoir la reconnaissance de la nation. Enfin, s’agissant de la qualité de " mort pour la France ", cet amendement vise à concrétiser la différence fondamentale qui existe entre un drame qui met en cause la responsabilité directe du gouvernement français de l’époque et ce que ce gouvernement n’a pas voulu, n’a pas pu ou n’a pas su empêcher. Le 26 mars 1962, quelles qu’aient pu être les causes ou les prétextes du déclenchement du tir, les faits sont là. Ils sont incontournables : des balles françaises ont abattu, et souvent achevé, des victimes civiles innocentes et sans armes. "
  • K. MESQUIDA (PS) " Concernant le drame de la rue d’Isly, les civils sur lesquels l’armée a tiré sont assurément des victimes de violences de guerre et la qualité de " morts pour la France " doit leur être attribuée. Sinon, certains pourraient être amenés à penser qu’ils sont morts " par la France ", et ce serait regrettable. "
  • F. LIBERTI (PC) " Mon groupe avait aussi déposé un amendement similaire pour reconnaître la qualification de " mort pour la France " aux victimes de la rue d’Isly, le 26 mars 1962 à Alger. " Des promesses faites, des engagements pris il ne reste rien aujourd’hui. Pire, la plaque inaugurée le 5 décembre 2006 à Paris en hommage aux victimes civiles exclut les morts du 26 MARS 1962. Le Conseil d’Etat qui devait être saisi par le gouvernement pour l’attribution de la mention " Morts pour la France " ne l’a pas été. Le silence complice est retombé sur cette affaire malgré le témoignage confondant rapporté dans l’ouvrage de Jean Mauriac ( " L’après De Gaulle " ) où l’Auteur cite l’aveu de Christian Fouché, Haut Commissaire du gouvernement en Algérie en 1962, " j ‘aurais osé (faire tirer) s’il l’avait fallu… Souvenez-vous de l’Algérie, de la rue d’Isly. Là j’ai osé et je ne le regrette pas, parce qu’il fallait montrer que l’armée n’était pas complice de la population algéroise ".

 

Nous demandons :

  • que le crime commis le 26 MARS 1962 A ALGER rue d’Isly soit officiellement reconnu,
  • que toutes les victimes de la fusillade du 26 mars soient déclarées d’office " Mortes pour la France "
  • qu’une stèle nominative et comportant explicitement la référence à ce drame effroyable, soit apposée dans un lieu prestigieux de la Capitale.

revendications morales

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