23 avril 2011 - Colloque "Vers la paix des mémoires ?"

Le colloque du 27 octobre que nous avions reporté en raison des mouvements sociaux de l’automne dernier se tiendra salle Victor Hugo, 101 rue de l’Université le mercredi 4 mai à 10 heures.

Daniel LEFEUVRE, Guy PERVILLE et Jean Jacques JORDI y interviendront en tant qu’historiens et nous font préalablement part de leurs réflexions :

 

Guy PERVILLE :

J’accueillie avec joie l’initiative de la MAFA, car c’est le genre de débat dont je ressens la nécessité avec une impatience croissante depuis des années. J’ai été avec d’autres historiens, comme Benjamin STORA notamment, parmi les disciples de Charles-Robert Ageron depuis les années 1970. Celui-ci n’a jamais exigé de moi que je suive ses propres opinions : il a toujours été un modèle de tolérance et m’a fait entièrement confiance pour juger suivant ma conscience et non pas suivant ses directives. Je retiens de lui ce qu’il écrivait en 1993 dans sa préface au recueil d’articles de la revue L’Histoire publié aux Editions du Seuil sous le titre L’Algérie des Français :  « S’agissant de drames récents dont la mémoire risque d’être transmise déformée aux jeunes générations qui n’ont connue ni ‘l’Algérie de papa » ni ‘l’Algérie des colonialistes’, les historiens ont le devoir d’être plus prudents encore que leur métier ne l’exige habituellement. Si l’objectivité est philosophiquement impossible, l’impartialité est une vertu que tout historien peut et doit s’imposer. Et les enfants de France comme les enfants d’Algérie ont un droit semblable à la vérité de leur histoire ». Les désaccords que je peux avoir avec d’autres collègues sont normaux, et des débats plus fréquents entre nous pourraient peut-être les résorber. Mais je constate aussi que, depuis quinze ou vingt ans, les débats entre les historiens de l’Algérie sont devenus de plus en plus rares, alors que la recrudescence des  débats mémoriels a conduit à une multiplication des polémiques désagréables entre collègues. Et c’est justement pourquoi j’attendais avec impatience une occasion de débattre de tous les problèmes fondamentaux que posent les rapports entre la mémoire et l’histoire de l’Algérie dans les deux pays concernés… Je souhaite un débat de fond dont l’absence s’est fait trop longtemps sentir.

Professeur d’Histoire contemporaine à l’Université de Toulouse Le Mirail

Auteur notamment de « Pour une Histoire de la Guerre d’Algérie », « Atlas de la guerre d’Algérie », « La guerre d’Algérie : histoire et mémoires »

 

 

Daniel LEFEUVRE :

Il me paraît, en effet, comme le rappelle justement Guy Pervillé, qu’un tel débat, qui manque depuis trop longtemps, associe des historiens dont les points de vue peuvent différer sur tels ou tels événements, la place à leur accorder ou l’interprétation à en donner. C’est aussi par la confrontation que la connaissance historique avance et nul n’a intérêt, aujourd’hui pas plus qu’hier, à vouloir une expression monolithique de la parole historienne. De la même manière, il me paraît tout aussi légitime que tous les témoins et acteurs de cette histoire, qui le souhaitent, soient associés à cette recherche impartiale sur le passé colonial de la France, trop souvent obscurci par des considérations idéologiques ou des enjeux politiques, comme j’ai eu notamment l’occasion de le dénoncer dans "Pour en finir avec la repentance coloniale", mais qu’on peut également percevoir, sur des fondements évidemment différents, dans quelques cercles ou chez quelques personnes qui persistent à peindre, sans recul critique aucun, cette page de notre histoire. Dès lors, il est évident que je m’associe pleinement au choix d’inviter Benjamin Stora à ce débat et je souhaite que ce type de rencontres puissent se multiplier, où les uns et les autres, en toute liberté de parole et dans le respect mutuel pourront confronter leur approche. Même si, in fine, il n’en sortira pas de convergence totale, au moins des plages d’accords pourront être mises à jour tandis que la recherche historique sera encouragée à élucider les points persistants de désaccords.

Professeur d’universités d’Histoire Contemporaine / Professeur d’Histoire Economique et Sociale à Paris VIII 

Auteur de « Chère Algérie », « Pour en finir avec la repentance coloniale »

 

Jean Jacques JORDI

Pouvoir tout dire, pouvoir tout se dire, telle est l’ambition de ce colloque qui met l’échange, tousles échanges, du point de vue aux colères et aux ressentiments, au coeur des débats sur l’Histoire de la guerre d’algérie aujourd’hui. Il est vrai que que dans la fureur de l’époque, celle de la guerre d’algérie comme celle qui a suivi, certains ont parlé, d’autres se sont tus, mais rarement les faits historiques ont pu franchir le cercle des historiens pour établir non un consensus mais une histoire de l’Algérie contemporaine hors des idéologies. Dans cette peur de dire, les "porteurs de mémoire" se sont accaparé l’Histoire et trop souvent ont caché les faits qui ne leur convenaient pas ou en ont magnifié d’autres. rarement l’historien a-t-il été convoqué à dire et à expliquer. Pourtant, dire l’Histoire au détriment des mémoires, réconcilier ces mémoires au risque de l’Histoire me parait être la seule issue possible à la confrontation d’idées et d’analyses entre les deux rives de la Méditerranée. Se dire, se parler, c’est aussi écouter les souffrances de l’autre et surtout les reconnaître, c’est préférer la confrontation à l’affrontement. Appeler des historiens de toutes rives et pas seulement méditerranéenne à échanger c’est donner aussi aux hommes politiques une plus grande compréhension de cette Histoire et éviter ainsi son instrumentalisation. Parlons nous donc de tout, échangeons sur tout, en évitant de hiérarchiser et les morts et les faits car ce n’est pas là le rôle de l’historien.

Historien

Auteur de "1962, l’arrivée des Pieds Noirs", "Idées reçues sur les Pieds Noirs", "Alger Tome 1 et Tome 2"

 

Pour ceux d’entre vous qui seraient intéressés et n’auraient pas pu assister au colloque, nous en ferons un compte rendu dans le prochain bulletin de la MAFA.

JF VALLAT

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